Patricia Veringa-Gieskes, fondatrice de l’agence de recrutement The Job Factory en RDC

Née en République démocratique du Congo et élevée aux Pays-Bas, la jeune femme est revenue dans son pays d’origine pour lutter contre les carcans de la société congolaise. Après huit ans d’existence, son cabinet connaît une croissance de 35 % par an. Une « niche market » que l’entrepreneure veut amener à maturité.

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Née à Kinshasa il y a près de trente-sept ans, elle a grandi aux Pays-Bas, où elle a passé son bac à 16 ans et demi, avant de démarrer sa carrière en Belgique dans une parfumerie d’un grand groupe allemand. C’est là que le potentiel de la jeune femme se révèle. Son employeur propose alors de lui payer des études en gestion d’administration pour en faire la future responsable des différents magasins. Après cinq ans de travail, l’envie d’évolution et le goût pour les nouvelles technologies poussent Patricia Gieskes-Veringa à entamer une formation accélérée en informatique. Et c’est réellement grâce à un concours de circonstances qu’elle se retrouve en Afrique.

Mais au lieu d’attendre une quelconque promotion, Patricia Gieskes-Veringa ouvre un salon de coiffure et une société de transferts de fonds. C’est le début de sa grande aventure entrepreneuriale. Une période où rien n’arrête la jeune femme, bien décidée à se battre comme elle le faisait en Europe. Elle est mariée à un Néerlandais rencontré en Afrique du Sud qui travaille en République démocratique du Congo, et qui tente de la convaincre de le suivre – en vain – pendant cinq ans. Puis une offre se présente dans l’une des agences des Nations unies, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Cela n’a pas toujours été une évidence, mais, peu à peu, Patricia Gieskes-Veringa comprend que c’est en Afrique qu’elle peut faire bouger les lignes. Notamment dans le domaine de l’emploi, dans un pays où le chômage des jeunes explose et qui ne compte que très peu d’agences de recrutement. «Quand, comme moi, on débarque de l’étranger et que l’on ne connaît pas grand monde, c’est très compliqué. Et c’est à ce moment que je me rends compte qu’il y a une «niche market» dans le domaine du recrutement.

Voilà comment tout commence fin 2005. En avril 2006, The Job Factory voit le jour.» C’est sur fonds propres, notamment grâce aux revenus issus de son salon de coiffure, qu’elle paie, la première année, les charges mensuelles de The Job Factory. Ce qui représente 25 000 dollars. Ils sont trois au départ au sein de l’agence. Patricia Gieskes-Veringa est enceinte, et il lui est alors difficile de convaincre les entreprises.

Mais ce n’est là qu’une partie des difficultés. Car en République démocratique du Congo, ce n’est pas le recruteur qui détermine l’embauche d’un salarié, mais bien les affinités, la famille, le cercle proche. Une mentalité que récuse la gérante de The Job Factory : «Il a fallu démontrer notre compétence à alléger la tâche des entreprises en termes d’embauche et surtout notre rapidité à fournir de bons candidats. Plus tard, elles ont commencé à nous employer pour ne plus devoir accepter neveux, nièces ou autres dans leurs entreprises. Nous étions devenus comme une parade pour eux. Des candidats nous appelaient en disant : “On nous a dit que pour travailler chez untel il fallait venir faire un test chez vous.” Pari gagné ! Aujourd’hui, nous sommes une vingtaine sur le territoire national, et plus du double en consultants ponctuels.» Résultat : tout le monde se passe très rapidement le mot sur cette nouvelle agence qui fait passer des tests… et faire appel à elle devient un réflexe. Parmi ses clients, The Job Factory compte aujourd’hui de nombreuses organisations internationales, des filiales de grandes entreprises mondiales, mais aussi quelques sociétés locales. Quant au chiffre d’affaires, depuis 2010, il affiche une progression annuelle de 35%, tant à Kinshasa qu’à l’intérieur du pays. Mais les bénéfices pour Patricia Gieskes-Veringa ne se vérifient pas uniquement dans les chiffres, la hausse significative de la productivité des entreprises reste l’objectif final.