Vente des véhicules d’occasion à Kinshasa: la différence du climat de marché entre l’avant et l’après Covid-19

Tel un tsunami ou un tremblement de terre, la pandémie à coronavirus a causé d’énormes dégâts dans divers domaines tant sur le plan national que mondial. Les dégâts dont il est question ici ne se rapportent pas forcément à la destruction matérielle mais plutôt à la paralysie organisationnelle dans plusieurs secteurs d’activités. Et parmi les victimes à se plaindre des méfaits du covid-19 se rangent les membres de l’Association des Revendeurs des Véhicules d’Occasion (ARVO), dont le quartier général se trouve sur l’avenue Sendwe à proximité de la rivière Kalamu, qui continuent à boire le calice de la rareté des clients et de l’argent ainsi que de la carence des marchandises (véhicules) depuis l’avènement covid-19.

« La situation est dure mais nous nous en sortons quand même chaque jour ; étant donné que nous sommes des expérimentés dans ce domaine », analyse Joaquim Boki, secrétaire de l’ARVO/Sendwe.  En effet, c’est un Joaquim Boki dépité mais en même temps blagueur qui nous reçoit sur Sendwe, sous un arbre et près de la rivière, dans l’espace d’exposition réservé aux véhicules mis en vente,  pour parler du climat de marché de leur secteur dans un contexte comparatif entre l’avant et l’après covid-19.

 Concernant le climat de marché de ce secteur, le chevronné Joaquim Boki  affirme que la différence existe réellement entre l’avant et l’après covid-19. Premièrement, l’importation des véhicules a pris un coup dur à cause des restrictions en matière de navette maritime entrant également dans le cadre des mesures de lutte contre la propagation du coronavirus. « Ces véhicules que nous vendons ici proviennent pour la plupart de l’Europe et de Dubaï. Or en ce moment, les déplacements ne sont plus fluides comme avant dans ces zones. Par conséquent, les véhicules deviennent denrée. Preuve à l’appui, le Toyota IST qui coûtait auparavant 1.200 $ se négocie actuellement autour de 1.600 $ et un Harrier qui valait 1.900/2.000 $ a vu son prix grimper jusqu’à 3.500 $ », brosse-t-il.

Puis, la rareté des clients se fait désagréablement sentir. Ces derniers sont aussi frappés par la crise financière résultant des conséquences causées par le covid. Et la hausse des prix des véhicules n’est pas du goût à leur plaire. Joaquim Boki déplore aussi la carence des billets de banque en circulation, un fait que l’on peut qualifier d’indice ou synonyme de la mauvaise santé économique actuelle. En gros, les commerçants spécialisés en vente des véhicules d’occasion se retrouvent devant une fâcheuse situation : faible taux de vente et hausse du prix d’achat des véhicules. « Par conséquent, nous sommes obligés d’être beaucoup plus larges en termes de négociation avec un potentiel client de peur de le voir nous filer entre les mains.», se désole Joaquim Boki. Selon les estimations de ce dernier, en temps normal, soit avant donc l’avènement de la pandémie à coronavirus, une vente quotidienne pouvait comprendre entre 7 et 10 véhicules. Cependant aujourd’hui, réussir la vente de 5 véhicules au cours d’une seule journée passe pour du miracle!

Créée en 1979 par un certain Lombi Ndima Ngondo, l’ARVO/Sendwe a pris la forme d’une association depuis 1992. Elle constitue d’ailleurs le tout premier marché des  véhicules d’occasion en RDC. Et seuls les membres de l’association ont le droit d’exposer leurs marchandises sur la place Sendwe. Du reste, un fournisseur ou un particulier désirant exposer son véhicule en vue de le commercialiser doit préalablement négocier avec l’un des membres de l’ARVO/Sendwe. Cette structure  privilégie la confidentialité dans le processus de vente.  

Fabrice Amisi