« TONTINE ou LIKELEMBA à Kinshasa » : Une opération financière aux allures d’une arnaque

En principe, la tontine ou likelemba, d’après le jargon kinois, est une sorte de business ou d’ investissement à court ou moyen terme qui réunit un groupe de personnes où chacune d’ elles apporte sa part de contribution; et le fonds collecté sur la durée déterminée (par mois ou par semaine) constitue un gain que chaque participant gagne l’un après l’autre. Étant une activité informelle, la tontine reste une opération financière moins confiante. Car, ici, il s’agit en effet d’un contrat aléatoire. Malgré son côté négatif, à cause entre autres du désistement d’un ou plusieurs membres ou encore du décès d’un de ces derniers, beaucoup de gens intègrent des associations tontinières pour son taux de rendement élevé.

Ce système peut se transformer en arnaque au moment où ceux qui bénéficient en premier de leur gain ne contribuent plus ou désistent tout simplement à l’engagement.

Nous avons fait le tour de la Ville de Kinshasa pour recueillir des témoignages de quelques personnes qui ont été victimes d’abus de confiance lors de cette opération. Dans la commune de Kinshasa, nous avons rencontré  David Mamba. Ce jeune congolais avait trouvé bon d’intégrer une association tontinière pour relever son commerce qui avait connu une chute, mais malheureusement l’affaire avait mal tourné après quelque temps. « C’était important pour moi au début lorsque j’avais débuté avec la tontine. Il m’est arrivé un moment où  j’étais dans le commerce de la vente des unités téléphoniques ainsi que d’autres articles; mais mon  business était tombé en faillite et je ne savais pas où trouver de financement. Alors c’est un ami qui m’avait parlé de leur groupe de tontine que j’ai intégré par la suite. Nous étions à 11 au total. Chaque membre de l’association devait payer 5.000 FC par jour. J’étais le sixième bénéficiaire sur la liste des membres. Dans les premiers instants, je contribuais comme il fallait. J’avais aussi bénéficié à mon tour d’une somme de 385.000FC. Cet argent m’avait beaucoup aidé dans mes affaires », dit-il. Selon cet habitant de la commune mère de la Ville de Kinshasa, tout se passait bien au moment où la confiance régnait dans leur groupe. C’était vraiment intéressant. Mais le pire finit par arriver. « Nous avons tenté de continuer pour la deuxième fois, il n’y avait pas de mésentente », ajoute-t-il avant de souligner que la troisième fois n’avait pas bien marché : « Les choses avaient mal tourné puisque le premier bénéficiaire avait disparu après avoir gagné sa part. J’avais proposé à la dame qui était initiatrice de notre tontine que l’on puisse continuer avec ceux qui sont restés, mais hélas il y avait déjà la crainte dans le chef des autres membres. J’avais pris la décision de quitter et j’ai  ensuite demandé à la dame de me remettre ce que j’avais donné (NDLR c’était la somme de 150.000 FC sur 385.000 FC que je devais gagner). Les amis qui étaient restés n’avaient pas reçu leur argent puisque la dame avait disparu à son tour ».

Dans la capitale congolaise, certaines personnes pratiquent la tontine via des groupes Whatsapp. Jérémie Nzumbu, un jeune homme d’ une vingtaine d’ années, vivant dans la commune de Barumbu, a une fois participé dans une tontine via cette application téléphonique (Whatsapp). Il précise  qu’ il a été invité par son ami. « Dans cette aventure, le coût de participation était de 11 $. Comme avantage, tu gagnes 88 $ une fois que tu parviens à enrôler deux personnes derrière toi. Mais si tu ne parviens pas à inviter deux autres personnes juste après deux jours ton intégration, tu perds ton argent », indique-t-il, avant de renchérir: “ En plus de cela, on déposait la somme de 11 $ dans un compte M-Pesa d’une personne inconnue tout en ayant la foi qu’on va bénéficier de 88 $ dans moins d’une semaine. Il existait alors une pratique très louche : Quand tu donnes l’argent aujourd’hui, on te demande de convaincre deux personnes derrière toi avec ces 11 $,  aussi le temps de les convaincre te prend presque deux jours et  on te dira par après que tu es éliminé parce que tu n’ as pas été capable de convaincre les gens. Juste après, j’avais compris qu’il s’agissait d’une escroquerie formée de toute pièce .”

Quant à la même rubrique des victimes de la tontine via groupe Whatsapp, nous avons rencontré une demoiselle qui a préféré l’anonymat. Cette résidente de la commune de Mont-Ngafula nous a également parlé de sa mésaventure : « J’ai eu à participer à une tontine où il fallait d’abord donner sa première contribution à la hauteur de 10$.  Et l’ étape suivante consistait à  inviter 5 personnes pour pouvoir gagner un pourcentage de gain  selon le nombre de personnes invitées qui augmente. Donc, ces 5 autres personnes doivent également inviter des gens à leur tour afin de  bénéficier du même avantage. À mon tour, des gens trouvaient que ça trainait puisque ce n’était  pas tout le monde qui arrivait à amener 5 personnes. Beaucoup n’ont pas pu supporter cela. Du coup, ils ont arrêté et ils n’ont pas récupéré leur argent », renseigne-t-elle.

Elle indique que pour bénéficier de l’argent dans cette sorte de tontine, tout dépend de la rapidité des membres à constituer leur réseau de 5 après eux. « Quand c’est ton tour de recevoir, tous ceux qui adhèrent après envoient l’argent à votre numéro de téléphone (M-Pesa, Orange Money, etc.) », précise-t-elle.

Tenez, le contenu de cet article s’ abstient de démotiver les pratiquants de la tontine à continuer avec cette activité, ou inciter les futurs adhérents à ne pas prendre part aux différentes associations ou groupe de tontines, mais il est question ici de faire voir et comprendre à nos lecteurs que cette fameuse opération financière a aussi son lot de dangers qui peut engendrer des ennuis de diverse nature. Alors,  quoi de plus normal que de miser sur la prudence. « À bon entendeur, salut », dit-on.

                                                                Kevin Tamusele