RDC-Diffusion illégale du signal de Canal + : le CSAC sanctionne les télévisions fautives!

Se sentant lésé, l’entreprise médiatique Canal +,  œuvrant notamment dans la télédistribution avait saisi en date du 14 mai  le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) au sujet de l’exploitation sans autorisation légale du contenu de ses programmes. A ce sujet, 10 chaînes de télévision congolaises s’étaient retrouvées sur le banc des accusés. Il s’agissait  en effet de Ma Bannière TV, C2 Sport, Dondja TV, DRC Sport,  Mercure TV, Nsingi Télévision, Fou de Jésus Business, RTV, Vainqueur TV et ZTM. Au finish, le  régulateur du secteur médiatique congolais n’a pas manqué de sortir son fouet pour chicoter les cancres qui profitent de leur statut d’abonnés (privés) pour diffuser des programmes dont ils n’ont aucun droit en tant que diffuseurs officiels! 

Convoquées par le CSAC, ces dernières ont reçu de cette instance de régulation médiatique des recommandations fermes de ne plus diffuser sans autorisation légale des programmes pour lesquels Canal + débourse d’énormes sommes d’argent dans le cadre de l’achat des droits TV, notamment pour la diffusion de la Ligue des Champions UEFA, de l’Europa League ou encore de la Premier League ou Ligue 1 française . Cependant, Canal Mercure, Vainqueur, Ma Bannière, DRC Sports et Fou de Jésus se sont montrés de très mauvais élèves dans le sens où ils ont récidivé en diffusant la finale de la Champion’s League disputée entre Chelsea FC et Manchester City, deux clubs anglais, le samedi 29 mai au Portugal. Conséquence : la décision de l’instance de régulation des médias en RDC est intervenue mardi 25 mai à l’occasion de sa 105ème  session extraordinaire. «Après avoir examiné la plainte de Canal+ International contre certains médias pour diffusion frauduleuse de ses programmes, les membres de l’Assemblée plénière ont décidé de suspendre pour 30 jours les chaînes prises en faute et qui ont refusé de se justifier devant le CSAC», indique un communiqué signé par le rapporteur de l’institution Chantal Kanyimbo.

En quête effrénée de l’audience, plusieurs télévisions congolaises, qui pour la plupart viennent de naître, tentent de proposer aux téléspectateurs des programmes alléchants axés principalement sur la diffusion des matchs des grandes compétitions de football très suivies à l’échelle planétaire, notamment la Coupe du Monde, la Champion’s League de l’UEFA, l’Europa League, la Premier League (championnat anglais), la Liga (première division espagnole), la Serie  A (championnat national d’Italie), Ligue 1 française, l’EURO, la Copa America, la CAN, le Chan, la Coupe des Confédérations (sélections nationales), Coupe du Monde des clubs… Cependant, ces médias ne déboursent aucun rond auprès des instances organisatrices desdits tournois afin d’en devenir des diffuseurs  officiels. Entretemps, grâce à la diffusion illégale du signal de Canal + ou d’un autre média, à l’instar de BeIn Sport, endossant le statut de diffuseur officiel d’une des compétitions précitées, ces médias congolais gagnent des contrats avec annonceurs à la recherche des espaces télés pour la promotion de leurs biens et services. Malgré ce gain frauduleusement acquis, la très grande majorité de ces entreprises de presse ont toujours du mal à engager du personnel (journalistes, techniciens, administratifs, etc.) selon les normes prescrites par le code du travail, c’est-à-dire signature d’un contrat en bonne et due forme avec l’employé + avantages sociaux dont en premier lieu un salaire adéquat.  

Et une fois prises la main dans le sac, ces télévisions congolaises perdent de leur aura auprès du public à cause de l’absence ou de la carence des programmes utiles et intéressants à diffuser à l’antenne. 

Depuis le début de cette année, Canal +  s’est lancé dans une vaste campagne de lutte contre la piraterie, en mode streaming, de ses programmes dont principalement la diffusion des matchs en direct. « Canal + paye les droits de diffusion des chaînes qu’elle diffuse, les droits d’auteur aux artistes et investit dans des films, séries et émissions locales », se justifie ce télédistribution ; qui ne veut en aucun investir pour récolter du flop à cause notamment du piratage. A titre indicatif, Canal+ et BeIn Sports viennent de remporter l’appel d’offres moyennant un montant total de 1,125  milliard d’euros pour la période 2021-2024. A fortiori, il est tout à fait normal et logique que Canal + puisse veiller à la protection de ses intérêts en matière de droits TV.

En réalité, la notion des droits TV reste encore un domaine quasiment inexploré en République Démocratique du Congo. D’ailleurs, la législation en la matière brille encore par son absence jusqu’à présent et plusieurs acteurs du secteur médiatique ne semblent pas encore maîtriser les rouages de ce terrain à la fois glissant, voire rocailleux, et surtout générateur des recettes (tel est le cas sous d’autres cieux).  A titre informatif,  les données statistiques indiquent que depuis 2008  le prix des droits de diffusion en France de la Ligue des Champions européenne a bondi de près de 600 % ! Comme pour dire qu’il y a encore du pain sous la planche dans le secteur congolais des droits TV! Décidément, l’innovation dans cet environnement ainsi que son adaptation au monde actuel s’imposent!  

Fabrice Amisi