Précarité des musiciens congolais : un frein à leur épanouissement

En République Démocratique du Congo, plusieurs artistes musiciens ont du mal à vivre de leur métier. Certains font de la musique aujourd’hui comme un style de vie et non une profession car du point de vue financier, il y a rien comme revenu. Il existe des artistes musiciens qui,  par manque des moyens financiers,  se prennent en charge. Nous avons rencontré un jeune artiste rappeur-chanteur Arnold Matondo, communément appelé Immortel Baby. Il a débuté sa carrière depuis en 2008 à l’internat de Kimwenza (Mont-Ngafula). Il nous parle de la galère qui règne dans leur domaine. [INTERVIEW]

Q1.Vous faites de la musique, pourriez-vous nous dire si vous vous sentez à l’aise financièrement?

R/ On vit avec beaucoup de difficultés. On ne gagne pas dans ça.

Q2. Quelles difficultés d’ordre financier rencontrez-vous dans votre carrière, notamment en ce qui concerne la production des chansons ou leur promotion ou encore votre propre bien-être ?

R/ Ça nous arrive de fois où tu écris une chanson mais tu n’as pas assez de moyens financiers pour pouvoir aller au studio d’enregistrement. On fait recours par exemple à des amis qui nous aident avec 2 ou 3 dollars. Moi, personnellement, lorsque je veux réaliser un projet, et que je n’ai pas d’argent, j’ai des amis qui m’aident financièrement.

Q3. Qu’est-ce qui est à la base de la précarité que connaissent des artistes ?

R/ C’est d’abord un problème au niveau continental. Prenons le cas de la RDC, on dit que le pays est riche mais absolument la population est pauvre. On peut avoir des idées de vouloir faire quelques choses mais par rapport au sous-développement de nos pays, c’est ce qui fait qu’on ait de difficultés pour pouvoir réaliser ce qu’on a envie de faire.

Q4. En dehors de la musique, vous faites quoi ?

R/ A part la musique, je ne fais rien.

Q5. Comment faites pour aller enregistrer des sons et réaliser vos clips ?

R/ Il y a des studios qui nous aident. Les responsables de ces derniers, croient en notre rêve et en ce que nous faisons. Ça m’arrive souvent que les gens d’un studio me contactent car ils veulent  bénéficier de mon influence pour pouvoir faire leur promotion au niveau des réseaux sociaux. Du coup on fait une sorte d’échange des services, car le studio me donnera de l’espace gratuitement. Et par après, il y a des liens qui sont tissés et ça nous permet d’évoluer en tant qu’artiste.

Q6. D’une manière générale, combien peut coûter un studio pour enregistrer un son ?

R/ Dans un studio professionnel, c’est 100 dollars. C’est difficile pour les artistes débutants. Par contre, nous qui avions faittant d’années dans la musique, nous bénéficions d’une sorte de grâce auprès des responsables des studios.

Q7. Combien payez-vous à l’équipe qui réalise vos clips vidéos ?

R/ Pour les clips, c’est entre 600 et 700 dollars. Lorsqu’on se trouve dans les difficultés de payer cette somme, on discute avec l’équipe de réalisation afin de réduire le prix.

Q8. Pensez-vous laisser la musique un moment pour un autre job, en vue de se retrouver financièrement ?

R/ Je peux faire un autre boulot mais pas celui qui va déranger ma carrière musicale.

Q9. Un mot aux mécènes de la musique…

R/ On a un sérieux problème au Congo. Les mécènes voient plus des artistes qui sont connus. Ils arrivent souvent lorsqu’ils remarquent qu’un artiste a une sorte de célébrité, c’est en ce moment-là qu’ils se pointent pour financer un projet.

Q10. Un mot aux autorités du pays…

R/ Nous demandons leur soutien car il n’y a pas que des minerais, de l’or comme richesse dans notre pays, mais aussi la musique.

Propos recueillis par Kevin Tamusele