Portrait – Christian Yumbi : Un cuisinier avant tout!


Christian Yumbi est pour la cuisine ce que Ronaldinho est pour le football. Si durant toute sa carrière, le footballeur brésilien émerveillait les fans du ballon rond avec son ingénieux style de jeu grâce auquel il donnait l’impression de caresser la balle à chaque fois qu’il le touchait, Christian Yumbi, quant à lui, est devenu par la force des efforts un véritable virtuose de l’art culinaire dont la passion est née pourtant par le pur hasard. Aujourd’hui à la tête de quatre restaurants dans la capitale congolaise, Christian Baby Yumbi s’affirme aussi en tant qu’entrepreneur modèle dans le domaine de l’hôtellerie-restauration. Mais le chemin n’a pas été facile pour ce chef cuisinier multi primé qui a fait ses preuves en Europe, d’abord en Belgique ; où tout ne lui était pourtant pas servi sur un plateau d’or. Avant tout, il se définit comme un cuisinier qui fait bien les choses, à l’image de cette mère de famille censée nourrir sa famille tout en lui apportant un tas de plaisir à table!

Le pouvoir du destin! Oui, ça existe! Même si certains ne croient pas en son existence, mais cela a su fonctionner pour le cas de ce cador de la gastronomie. Entre la cuisine et Christian Yumbi, l’histoire d’amour a donc commencé sur fond d’un pur hasard ; dans ce cas, le plus beau hasard alors, car tout ce qu’il est devenu aujourd’hui vient de la rencontre entre lui, l’homme, et la bonne chère, son métier.

Tel que le mentionne « Elle à table » (NDRL dans son portrait : « Christian Yumbi, un surdoué de la cuisine au Congo), Christian Yumbi n’a que 18 ans lorsqu’il quitte Lubumbashi (Congo), pour faire ses études à l’Université libre de Bruxelles. A la base, il étudiait l’administration ; et pour financer sa scolarité, il commence un job étudiant dans un restaurant, où il travaille en tant que plongeur le week-end. En d’autres termes, il s’occupait tout bonnement du lavage de la vaisselle d’un restaurant. « Parfois on me donnait de petits boulots en cuisine, des recettes par exemple, que j’appliquais très facilement, sans difficultés. Puis j’ai commencé à apprendre la carte petit à petit », se rappelle-t-il. En quelques mois, le jeune homme, ainsi que ses collègues, se rend compte de son talent, et se familiarise petit à petit avec le domaine culinaire, car ayant donc constaté que ce qu’il faisait en cuisine lui paraissait facile et pourtant cela était réellement difficile à réaliser pour les autres. Ayant, de ce fait, découvert plusieurs qualités culinaires en lui, la routine a suscité une passion et celle-ci, à son tour, lui a ouvert la voie vers une carrière auréolée de la célébrité. Aussi, par un pur hasard, ses plans de carrière prennent un autre tournant. « Un jour, le chef n’est pas venu, et j’ai tenu la cuisine. J’ai envoyé plusieurs plats et un client a demandé à féliciter le chef. À ce moment-là, les serveurs lui ont expliqué qu’il s’agissait en réalité d’un plongeur », raconte-t-il. Et c’est le début d’une success story.

Son diplôme en administration en poche, Christian Yumbi décide de poursuivre ses études, cette fois-ci en gastronomie. Détenteur d’un graduat en gestion hôtelière, d’un master en gastronomie française de l’École Ritz Escoffier de Paris et de quelques certificats de perfectionnement, notamment en chocolaterie, pâtisserie et fine pâtisserie, Christian Yumbi n’est pas un nain dans le domaine culinaire étant donné qu’il a passé de nombreuses années au sein de célèbres institutions gastronomiques en Belgique puis en France et aux Pays-Bas (Hollande). Cependant, sa progression vers le statut de chef cuisinier subissait une pesanteur d’ordre culturel ou social. « Je ne pouvais pas aller plus loin à cause du racisme. Et pourtant, j’avais plus de talent que ceux que je dirigeais ; ce qui me causait d’ailleurs des problèmes parce que je suis noir », se rappelle Christian Yumbi. Dégouté certes, le concerné transforme cette difficulté, lui barrant la route vers son ascension, en challenge. En 2012, il décide de rentrer à son pays natal, le Congo-Kinshasa, laissant derrière lui le racisme et la crise économique secouant l’Europe. « J’avais compris que l’Afrique, en général, et le Congo-Kinshasa, mon pays, en particulier, avaient besoin de moi plus que l’Europe. J’avais aussi constaté qu’il n’y avait pas ou assez de chefs cuisiniers de talent et de renom dans mon pays. Donc, comme j’étais resté très longtemps en Europe et par l’amour du pays, je me suis dit qu’il était temps de rentrer pour relever d’autres défis parce que je n’avais plus rien à prouver dans le vieux continent », explique-t-il. De retour à Lubumbashi, la capitale congolaise du cuivre, dont il est originaire, il y implante rapidement son restaurant « Re-Source », un symbole du retour aux sources. Par la suite, les difficultés d’approvisionnement dans une ville où « tout produit alimentaire est importé » de la Zambie voisine, finissent par jouer en faveur d’un déménagement vers Kinshasa.

En matière de bonne chère, Christian se considère comme un « Nganga ya kisi moderne » (féticheur branché, de l’époque moderne) dans la mesure où il allie l’aspect scientifique de la gastronomie et son côté traditionnel. De ce fait, il innove avec de nouvelles recettes en mélangeant la cuisine congolaise, « qu’il a appris sur le tard », dit-il, avec la cuisine moderne, celle pour laquelle il a fait des études, celle d’autres coins du monde. Bien qu’africain de par son origine, Christian Yumbi déclare ne se fixer aucune limite en ce qui concerne la préparation des mets les plus exquis. « Bien faire les choses », telle est sa devise. Nourrir sa clientèle tout en lui faisant plaisir est le plus grand des devoirs pour ce chef cuisinier dont « la philosophie culinaire repose sur l’idée de dépasser la notion du travail pour atteindre le plaisir grâce à la créativité ».

Aujourd’hui, Christian Yumbi, avec toute modestie, pense servir de modèle de réussite sociale à l’égard de la jeunesse congolaise. Avec à son actif quatre entreprises dont Arôme, Oyo Cantine du Gouvernement, la Clé des Châteaux Nicolas et Mood (restaurant et cigare louange), ce chef cuisinier né en 1976 prêche pratiquement par l’exemple étant donné qu’il a embauché au moins 80 personnes (NDLR ce nombre concerne l’ensemble du personnel de ces quatre boîtes). Ainsi, pour apporter sa pierre à l’édifice, il tient à faire de l’encadrement des jeunes son cheval de bataille. « Il est très utile d’aider les gens à découvrir leurs passions pour savoir comment s’orienter vers un métier et s’en sortir dans la vie. Car tout le monde n’est pas appelé à devenir ministre. Si les uns sont nés pour faire de la politique, les autres doivent comprendre que leur vie sert par exemple à construire des maisons, aider ceux qui ont des difficultés ou nourrir l’humanité », opine-t-il. En synergie avec l’agence de communication Pygma et l’ambassade d’Italie, un jeu concours sur la cuisine italienne, dénommé « Le Maestro », avait vu le jour. Grâce à ce programme en mode télé-réalité, plusieurs jeunes talents en matière culinaire venaient tenter leur chance dans l’espoir d’embrasser une carrière de chef cuisinier. Aujourd’hui, Christian Yumbi a recruté en tant que chefs cuisiniers trois anciens candidats de cette émission dont la production est actuellement stoppée pour causes de Covid-19 ; sans oublier l’assassinat de l’ambassadeur de l’Italie en RDC, Luca Attanasio, qui en était parrain.

Rubrique « emploi de temps », Christian Yumbi s’en sort très bien. Dans son quotidien, le statut de cuisinier et celui d’entrepreneur ne se heurtent pas grâce à son professionnalisme et aux études qu’il a entreprises en matière de gestion hôtelière ; qui lui sont d’une grande utilité dans ses activités. « 6h, c’est la levée, je quitte donc mon lit. Puis, je passe mes commandes du jour à partir de 8h. Dès 11h, je me concentre sur la préparation des plats. A 14h, je fais une pause : je vais faire du sport dans un gymnase (salle de sport). A partir de 17h, je me mets dans la peau de gestionnaire jusqu’à la fermeture de mes restos dont l’heure est actuellement fixée à 21h au motif des restrictions sanitaires liées au Covid-19 », énumère-t-il.

Marié à une Belge, Christian Yumbi parle aussi le néerlandais. A la maison, il cède son statut de chef cuisinier à son épouse tout en n’hésitant pas à la seconder dans certaines tâches en cas de nécessité. Sélectionné par la chaîne africaine A+ ( Groupe Canal+ ) pour représenter la RDC au concours « Star chef » en 2014, Christian Yumbi dame le pion à onze autres concurrents (NDLR des chefs cuisiniers représentant d’autres pays africains) et empoche la cagnotte de 10 millions de francs CFA ( 15.245 euros ). Sur le plan comptable, Christian Yumbi a reçu plusieurs récompenses grâce à son savoir-faire culinaire. Il a entre autres été désigné Meilleur Chef d’Afrique, Guide Michelin France ou encore Young Top Chef Benelux.

De ce fait, le Chef Yumbi se sent aujourd’hui « plus épanoui, plus libre au Congo » que partout ailleurs. Et la reconnaissance dont il jouit au pays tout comme dans toute l’Afrique n’est pas anodine. Des stars africaines, à l’instar de Samuel Eto’o et Koffi Olomide, l’ont déjà visité et n’ont pas été déçues de la qualité de ses plats! Chapeau, l’artiste! Félicitations, Monsieur l’Entrepreneur!

Fabrice Amisi