Point sur la vente des arts plastiques à Kinshasa

Dans cet élément, nous parlons de la commercialisation des œuvres des artistes plasticiens de Kinshasa. A ce sujet, Monica Toiliye, artiste Kinoise nous a fait l’honneur de répondre à nos différentes préoccupations. Pas très connue du grand public, cette jeune artiste est licenciée en communication visuelle à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Elle nous explique ici de manière générale et personnelle certaines réalités qui existent dans leur domaine en termes de vente et achat des œuvres d’art. [INTERVIEW]

En tant qu’artiste évoluant à Kinshasa, dites-nous, quelles méthodes utilisez-vous pour vendre vos œuvres ?
Tout dépend d’un artiste à un autre. Très souvent les méthodes utilisées sont légion: c’est par le canal des curateurs ou par les galeristes soit des individus, mais ça dépend de la piste dans laquelle un artiste va se retrouver. Des fois c’est par exposition, dans les ateliers lorsque les clients viennent visiter, aussi dans le cadre de la promotion aux médias (télévision, radio, etc.).

Qui d’entre Congolais et expatriés sont des clients réguliers des arts plastiques ?
En majorité, ce sont des expatriés mais il y a certains artistes dont les œuvres sont aussi achetées par des congolais. Donc, il arrive aussi que les produits des artistes congolais soient voulus par leurs concitoyens.

En fonction de quoi fixez-vous les prix des œuvres ?
Dans notre domaine, c’est en fonction de la renommée. Quand un artiste a un renom, il est catalogué à un certain niveau; contrairement au cas où l’ artiste n’est pas assez connu, il fixe ses produits à des prix raisonnables.

Combien peut coûter une œuvre ?
Ça dépend des tableaux.

Lorsque vous fixez le prix d’une œuvre, est-il possible que l’acheteur marchande ?
Oui, c’est possible. J’ai beaucoup à dire par rapport à cette question: En tant que jeunes artistes congolais, on a pas encore assez de renom dans le pays comme ailleurs; alors des fois nous vendons des œuvres d’art parce que nous sommes dans le besoin. Je vends l’œuvre que j’ai réalisée parce que c’est une obligation. Donc, il me faut le faire. Je peux accepter à un certain moment un prix qui, cependant, ne valait préalablement pas la valeur monétaire initiale de l’œuvre. Il y a par exemple des artistes de renom, qui, lorsqu’ils fixent des prix pour leurs œuvres, on ne peut même pas discuter; il y a des fois ils les vendent aux enchères.

À Kinshasa, comment se passe la vente? (Ici je parle de la rentabilité)
Déjà, nous ne sommes pas soutenus par notre ministère et en termes de vente. Disons-nous la vérité, on ne vend pas les œuvres artistiques comme on vend dans un restaurant. Par an, tu peux vendre une ou deux fois, soit tu ne vends pas aussi toute une année.

On ne peut vivre que de ce métier ici à Kinshasa ?
Si, il y a des artistes qui ne vivent que de l’art. C’est une question de notoriété, de timing (parcours) dans ce domaine. Par contre, nous autres, on combine parce que jusque-là nous n’avons pas de renom, on cherche à s’imposer et on croit à l’avenir.

Ailleurs, en dehors du prix de la vente des œuvres, les revenus des artistes plasticiens proviennent aussi des droits d’auteurs. Qu’en est-il en RDC ?

Les artistes en majorité ne sont pas enregistrés à la société congolaise des droits d’auteurs et droits voisins (SOCODA) en raison de la faible commercialisation de leurs œuvres. Sauf que s’il y a demande d’ utilisation ou exploitation de l’ œuvre, on passe par l’artiste lui-même. Le pays n’ est donc pas assez rigoureux quant à tout ce qui concerne le respect de normes culturelles comme cela est fait partout ailleurs.

Parlons de l’importance de l’art plastique : s’il faut encourager ou inciter ceux qui ne sont pas passionnés à acheter vos œuvres, quel serait votre message ?

Je souligne que l’art plastique est un médium ou une piste d’information. Je prends l’exemple: « Les musiciens communiquent par les chants et, nous, plasticiens, c’est par la peinture ». Dans cet art, nous parlons de beaucoup de choses, mais dommage que cela ne vous (NDLR public) parvienne pas parce que vous n’êtes pas intéressés. Derrière chaque œuvre, il y a un message. Moi, personnellement, dans mon champ de travail, je parle des enfants de la rue. Je plaide pour tout enfant non encadré.

Propos recueillis par Kevin Tamusele