L’opinion des jeunes sur la Proposition de loi du député national Daniel Mbau fixant la dot à un montant fixe

« Ma proposition sur la dot est anthropologique, tentaculaire et sociologiquement ancrée dans la profondeur de notre ethos et de notre cosmogonie. Elle marque une révolution et une rupture positive d’avec les tares et incongruités du passé », a publié, sur son compte Instagram et surtout dans un langage soutenu,  le député national, membre du MLC, Daniel Mbau pour parler de sa proposition de loi modifiant et complétant le code de la famille, en matière notamment de dot, qu’il va imminemment déposer au bureau de l’Assemblée Nationale.

A part la doctrine de la Congolité, prônée par Noël  Tshiani, ayant l’ambition de verrouiller l’accès à certaines fonctions régaliennes dont la magistrature suprême et ne les réserver qu’aux Congolais de père et de mère, voilà une autre proposition de loi qui, par euphémisme, ne mettra pas non plus  tous les Congolais d’accord. Et pourtant, son contenu est d’une pertinence remarquable. Son fond est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles elle est (cette proposition de loi) soutenue et saluée par bon de jeunes hommes célibataires qui ont marre de voir ou d’entendre parler des factures de dot très salées. En même temps, elle agace déjà certaines personnes, dont plusieurs filles et parents, qui pensent que cette prérogative consistant à fixer la dot doit rester entre les mains de la famille. Etant donné que cette initiative du parlementaire Daniel Mbau fait déjà débat,  nous avons alors donné l’opportunité aux jeunes d’émettre leurs  opinions dans toute leur diversité quant au sujet brûlant sujet.   

D’entrée de jeu, Grâce Fulutoma, étudiante à l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM-Kin), se montre très farouche à cette proposition de loi : « Personnellement, je suis contre l’idée que le montant de la dot soit fixé par une loi. La dot dépend des parents ou tuteurs de la fille que l’on veut épouser. Sur base de quoi l’Etat peut-il se permettre de fixer la dot ? », argumente et s’interroge-elle.

Paul Florent Mungomba Mutshipule, licencié en Informatique de gestion de l’Institut Pédagogique de Kinshasa (ISP/Gombe) et employé dans une agence de fret, préfère, lui, souffler le chaud et le froid. «  Tout parent, en tant qu’humain doté de bon sens, souhaite ardemment que son fils ou sa fille puisse s’épanouir : se marier, fonder une famille et surtout devenir autonome. Peu importe la somme de la dot, tout parent ne peut que se réjouir du fait que sa fille soit honorée par un mariage conclu en bonne et due forme, fasse des enfants dans sa propre maison et mène une vie paisible dans son foyer. Selon Genèse 1 :27-28 : Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu. Il créa l’homme et la femme. Dieu les bénit et leur dit: «Reproduisez-vous, devenez nombreux, remplissez la terre et soumettez-la! Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se déplace sur la terre! Donc, nous comprenons que si l’homme et la femme s’unissent par le lien du mariage, c’est notamment pour la procréation. En effet, quant à la la dot, l’Etat ne doit pas fixer un montant fixe, par exemple 500 $ tel que repris dans la proposition de loi du député Daniel Mbau. L’Etat doit plutôt légaliser la négociation entre les deux familles sur le montant de la dot tout en veillant à ce que celui-ci ne soit plus exorbitant comme il en est  le cas actuellement. En même temps, la détermination légale du montant de la dot permettra à beaucoup de jeunes de se marier. Ce qui est déplorable dans la société actuelle c’est que la fixation de la dot est devenue un fonds de commerce pour beaucoup de familles congolaises. On a l’impression qu’elles marchandent leurs filles. Or, le versement de la dot par le gendre ne peut être considéré comme une compensation ou une rétribution que celui-ci doit à ses beaux-parents pour tous leurs efforts consentis dans l’éducation de leur fille. La dot n’est qu’un symbole honorifique et non une solution financière qui viendra mettre fin à toute la misère d’une famille qui donne sa fille en mariage! La dot c’est justement le respect de la procédure normale pour les premiers pas de toute vie conjugale. L’Etat congolais a bel et bien le droit de veiller sur cette question. Car plusieurs filles ont vu leur rêve de mariage se briser à cause de la cupidité de leurs familles », explique-t-il.

Honoré Bolinde, Enarque, Administrateur Civil, Chercheur et Assistant à l’Université de Kisangani, soutient également cette initiative du député de Mouvement pour la Libération du Congo (MLC) tout en précisant qu’il y a lieu de l’étoffer davantage. «  C’est une proposition de loi qui prend en compte l’allure très inquiétante de la dot en RDC. Cette allure doit être stoppée, mais seulement, il faut laisser un peu plus de liberté aux futurs mariés d’apprécier quelle somme verser à la belle-famille dans le cadre de la dot. C’est-à-dire que l’Etat doit fixer un maximum au-delà duquel on ne peut pas aller. Je soutiens cette proposition tout en laissant une brèche à des réflexions profondes que l’on doit y apporter », pense-t-il.  Et que dire du seuil de 500 $ proposé par le député Daniel Mbau ? « C’est très peu pour les milieux urbains », répond Honoré Bolinde.     

Dieudonné Kasololo, percepteur au port de Lomata affecté  à la Division urbaine des Finances de la ville de Kinshasa, va dans le même sens que son prédécesseur tout en alertant sur un éventuel danger qui pourra découler de l’adoption de cette proposition de loi. « Oui, c’est bien (NDLR cette proposition). Mais les familles congolaises vont certainement chercher à contourner cette disposition légale, si elle finit par être adoptée bien sûr. Par exemple : à défaut de percevoir une dot consistante, les familles se mettront à exiger une kyrielle de choses, notamment des pagnes, marmites et autres biens matériels de diverse nature de sorte qu’elles puissent tirer tout le profit de leur côté ».

Sarah Luntelamo, étudiante d’origine congolaise vivant en Belgique, précisément à Liège, estime que cette proposition de loi, une fois adoptée, augmentera le taux de mariages parmi les jeunes et aidera beaucoup de personnes vivant dans le concubinage à régulariser leur situation maritale. « Toutefois, un homme fortuné et surtout amoureux de sa femme ne lésinera pas sur les moyens pour payer la dot de celle-ci. Tenez, Francis Mvemba, homme riche originaire de la RDC, a déboursé des millions (NDLR 250 millions de FCFA)  pour obtenir la main de l’influence camerounaise Coco Emilia. Donc, quand on aime sa femme, il est possible qu’on ne puisse pas  être trop regardant avec les billets à dépenser pour sa dot », nuance-t-elle.     

Propos recueillis par  Fabrice Amisi