Les grandes lignes de l’histoire de la Banque Centrale du Congo

Actualité oblige : la nomination de Marie-France Malangu Kabeya Mbuyi au poste de gouverneure de la Banque Centrale du Congo met logiquement  cette institution sous les feux des projecteurs. Alors quoi de plus normal que de s’intéresser un peu plus particulièrement à cette BCC. Ainsi, plusieurs questions pointent à l’horizon. Quelle est son historique ? Quelles missions lui sont-elles assignées dans l’économie congolaise ? Qui l’ont-ils dirigé au fil des années ?  A cet effet, cet article vous fournit quelques précieuses informations au sujet de cette institution monétaire qui, 70 ans après sa création, se retrouve  pour la première fois sous la direction  d’une Congolaise, une brillante fonctionnaire internationale dont le parcours est auréolé d’une expérience de plus de 30 ans dans la finance internationale.  

D’abord… l’histoire!

Selon le site de la Banque Centrale du Congo,  www.bcc.cd,  lorsque les territoires composant l’Etat indépendant du Congo sont cédés à la Belgique en 1908,  il n’existait encore aucune banque sur place. Au premier plan du programme des réformes, l’on note cependant une politique de rénovation économique, déclenchée par une large liberté d’action garantie aux sociétés commerciales. Dans le milieu des affaires coloniales, ces perspectives d’un avenir économique en rapide progrès plaident en faveur de la création d’une banque au Congo. Selon certaines considérations, cette banque pourrait, dès le début, compter sur la clientèle de diverses sociétés, dont notamment la Compagnie du Chemin de Fer du Congo  et sur l’essor de la région minière du Katanga. D’autres personnes soutenaient qu’une telle banque rendrait,  en outre, de précieux services à l’Etat et au progrès économique du pays en assurant la diffusion de la monnaie sur tout le territoire. Mais en cette année-là tous ces arguments ne reposaient en somme que sur des hypothèses et la plupart des hommes d’affaires estimaient qu’il n’y avait encore aucune place au Congo pour des opérations bancaires. Néanmoins  au cours de cette même année, vont s’engager, à l’initiative des dirigeants de la Banque d’Outre- Mer, des pourparlers avec d’influentes personnalités du monde financier belge. Ces pourparlers ont abouti, le 11 janvier  1909, à la constitution de la « Banque du Congo Belge », une société anonyme de droit belge.

Ensuite, le système bancaire de l’époque connaîtra une certaine évolution malgré la guerre qui a rendu l’économie titubante. Et au regard de l’accroissement des établissements de banque constaté en ce temps-là, car il faut noter qu’il y avait déjà à côté de la Banque du Congo Belge six autres banques commerciales disposant d’une multitude d’agences et de succursales, le système bancaire naissant avait ainsi besoin d’être coordonné par une véritable Banque Centrale, qui aurait également pour mission d’émettre la monnaie et de gérer les réserves de change du pays.  A cet effet, les fonctions de la Banque Centrale ne pouvaient donc rester concentrées entre les mains d’une banque privée, de surcroît  concurrente des autres banques qu’elle devait, en principe, superviser. En outre, sur base de la politique monétaire faisant partie de la politique économique, il convenait de la placer sous le contrôle direct de l’autorité publique. C’est dans ce contexte que le décret royal du 30 juillet 1951 créa la « Banque Centrale du Congo Belge et du Ruanda-Urundi », une association de droit public, appelée à reprendre les charges de l’émission monétaire au lendemain de l’expiration du privilège accordé à la Banque du Congo Belge. 


A sa création formelle le 30 juillet 1951, l’Institut d’Émission s’appelait Banque Centrale du Congo Belge et du Ruanda-Urundi (BCCBRU). Fin août 1960, soit deux mois après la proclamation de l’indépendance du Congo, une convention discutée à Genève admettait le principe de la liquidation de la BCCBRU et de la création d’Instituts d’Émission distincts pour le Congo et pour le Ruanda-Urundi. Le 3 octobre 1960, un décret-loi institua le Conseil Monétaire de la République du Congo dont la mission était de concevoir et de soumettre au gouvernement les propositions relatives à la création d’une Banque Centrale et à l’organisation d’un système bancaire approprié au nouveau contexte.

Le 16 février 1961 furent échangés à Brazzaville les instruments de ratification de la Convention belgo-congolaise relative à la liquidation de la BCCBRU, signée à New York trois mois auparavant. Une semaine plus tard, soit le 23 février 1961, fut promulgué le décret-loi relatif à la création et aux statuts de la Banque Nationale du Congo (BNC). Toutefois, le Conseil Monétaire se substitua à la BNC et exerça temporairement ses attributions jusqu’au 22 juin 1964, date d’entrée en fonction de cette dernière.

En raison du changement intervenu le 27 octobre 1971 dans la dénomination du pays, la BNC fut rebaptisée Banque Nationale du Zaïre (BNZ), aux termes de l’ordre de service n°218 du 4 novembre 1971. Une rectification apportée par l’ordre de service n°219 du 25 novembre 1971 transforma cette nouvelle dénomination en Banque du Zaïre (BZ). Le changement de régime politique survenu le 17 mai 1997 entraîne en même temps le changement du nom du pays de la République du Zaïre en République Démocratique du Congo, ainsi que la transformation de la Banque du Zaïre en Banque Nationale du Congo (BNC) puis en Banque Centrale du Congo (BCC). Tout au long de ces modifications, l’unité monétaire elle-même a revêtu différentes appellations allant d’abord de « franc congolais » hérité de l’époque coloniale, ensuite au « zaïre » en 1967, puis au « nouveau zaïre » en 1993 et enfin à nouveau au « franc congolais » à partir de 1998.

Quid des missions de la Banque Centrale du Congo ?

Aux termes de la Loi n° 005/2002 du 07 mai 2002 portant constitution, organisation et fonctionnement de la Banque Centrale du Congo, il est dévolu à cette dernière les missions suivantes : « mettre en œuvre la politique monétaire du pays dont l’objectif principal est d’assurer la stabilité du niveau général des prix donc, assurer la stabilité interne et externe de la monnaie nationale ; détenir et gérer les réserves officielles de la République; édicter les normes et règlements concernant les opérations sur les devises étrangères ; participer à la négociation de tout accord international comportant des modalités de paiement et en assurer l’exécution ; élaborer la réglementation et contrôler les établissements de crédit, les institutions de microfinance et les autres intermédiaires financiers ; promouvoir le bon fonctionnement des systèmes de compensation et de paiement ; et enfin promouvoir le développement des marchés monétaires et des capitaux ».

Chers lecteurs, tout compte fait,  ne tombez donc pas dans l’erreur de démarcher pour ouvrir un compte bancaire ou formuler une demande de prêt à la BCC comme s’il s’agissait d’une banque ordinaire qui reçoit les dépôts du public, collecte l’épargne, fournit, gère les moyens de paiement et accorde des prêts. Que le concept « Banque » ne vous induise pas en erreur au point que vous logiez la BCC à la même enseigne que les banques commerciales. Heu! Restez donc vigilants afin de vous éviter de passer pour un aliboron, un véritable ridicule quoi ! 

Les 13 gouverneurs de la BCC après l’indépendance 

Pour couronner le tout, voici les noms de tous les 13 gouverneurs de la Banque Centrale du Congo de  1961 à ces jours  à ces jours :  

  1. Albert Ndele (1961-1970), 
  2. Jules-Fontaine Sambwa (1970-1977 pour le premier mandat & 1981-1985 pour le second mandat), 
  3. Charles Bofossa  Wambea Nkosso (1977-1979), 
  4. Jules Croy Emony Mondanga (1979-1981), 
  5. Pierre Pay-Pay Syakasighe (1985-1991), 
  6. Jean Nyembo Shabani (1991-1993), 
  7. Joseph Buhendwa wa Mushasa (1993-1994), 
  8. Godefroid Ndiang Kabul (1994), 
  9. Djamboleka Lona Okitongono (1994-1997), 
  10. Jean-Claude Masangu Mulongo (1997-2013), 
  11. Déogratias Mutombo Mwana Nyembo (2013-2021) et enfin  
  12. Marie-France Malangu Kabedi Mbuyi (en poste depuis le lundi 05 juillet 2021).

Fabrice Amisi