Les conséquences du phénomène RAM sur la vente des crédits téléphoniques

Interview-réaction avec les jeunes vendeurs des crédits téléphoniques

Instauré dans le but de lutter contre la circulation des téléphones contrefaits sur le territoire national congolais, protéger la santé des usagers contre les effets toxiques des appareils non conformes aux normes locales et internationales (comme le taux élevé de plomb) ; et accroître la sécurité et la qualité de service des réseaux mobiles en RDC, le prélèvement de la taxe dite du Registre d’Appareils Mobiles (RAM) a soulevé un tollé dans le chef de la population congolaise, qui se voit victimisée par un mystérieux système qui, d’une part,  lui bouffe ses unités sans lui faire comprendre exactement le pourquoi de la chose (communication moins éloquente et inadaptée), et lui bloquait par moment l’accès à divers services téléphoniques, notamment l’activation des forfaits pour appels, SMS,  internet ou encore transaction monétaire, d’autre part. Par conséquent, le secteur de télécommunication a connu ces dernières semaines une réelle perturbation dans sa dimension économique, car légion sont ces abonnés qui hésitent  pour s’approvisionner en crédits cellulaires. A cet effet, nous avons effectué un petit tour à travers la ville de Kinshasa, précisément dans les communes de Ngaliema et Kinshasa,  pour recueillir  les avis de trois  jeunes gens,  qui gagnent leur pain quotidien en vendant des unités téléphoniques, au sujet des répercussions de la taxe sur le  RAM sur leur activité.

 Dady Ipay Ngamisua, vendeur des crédits téléphoniques au quartier Aketi dans la commune de Kinshasa », constate qu’il y a statu quo. « Rien n’a changé. Les gens continuent à acheter des unités comme d’habitude »,  assure-t-il d’un ton calme et concis.

Pour Jadel Miki, présent sur l’avenue de l’Ecole, Quartier Musei, Commune de Ngaliema, ce sont beaucoup plus les abonnés du réseau mobile Vodacom qui se plaignent. Dans l’ensemble, ses clients pointent les gouvernants du doigt, en premier lieu le Chef de l’Etat, arguant que ces derniers sont réellement à la base de cette escroquerie étatique, jusqu’au point de proférer des injures à leur égard (citoyenneté oblige : on peut manifester publiquement son mécontentement sans pourtant recourir aux injures). De manière ferme, ils exigent la suppression de ladite taxe car elle est à la fois source de frustration et d’appauvrissement à petit feu.  A quelques mètres de Jadel, nous retrouvons un autre gars, Samuel Duba, qui se désole également de la baisse de la clientèle à cause du RAM. Il avance que la plupart de ses clients se sentant les plus lésés sont des abonnés de Vodacom et ceux d’Orange. Pour sa part, le RAM est un frein à la vente des crédits cellulaires. « La suppression de la taxe ayant trait au RAM vaut délivrance pour mon activité », clame-t-il.

Signalons que   le RAM est un registre central d’appareils mobiles établis en RDC et qui contient la base de données de tous les IMEI (International  Mobile Equipment Identity, en français Identité Internationale d’Equipement Mobile) connectés aux réseaux d’un groupe d’opérateurs de téléphonie mobile ou de l’ensemble des opérateurs de téléphonie mobile. Ce système porte en son sein l’identification des appareils mobiles (appareils avec carte SIM) par leur numéro IMEI.

Selon des récentes rumeurs, le RAM aurait été suspendu. Or, en réalité, le RAM n’est ni suspendu ni ses taxes. Les autorités congolaises ont plutôt résolu de suspendre le conditionnement de toute activation de forfaits par le paiement préalable de cette taxe, lequel paiement fixé à 1,17 USD, soit 117 unités par mois.

En ce moment, les gouvernants devraient, en principe, chercher un mécanisme efficace pour la perception numérique de cette taxe sans que le citoyen lambda ne soit amené à se contrarier. L’on peut miser entre autres sur le fait de revoir à la baisse, même de moitié, le paiement mensuel du RAM, par conséquent son coût total par an. En outre, la communication sur le RAM demeure son tendon d’Achille. En effet, il est important d’expliquer clairement  aux Congolais le bien-fondé du RAM ainsi que son impact sur le plan socio-économique. A cet effet, l’on devra notamment penser aux campagnes de sensibilisation, l’impression des dépliants contenant toutes les informations nécessaires sur le RAM, la production des mini-séries… Le tout axé sur la diversité linguistique de la RDC, hormis les quatre langues nationales. Si le RAM est à ce jour détesté,  c’est parce que les acteurs dudit secteur sont allés vite en besogne, sans avoir clairement, efficacement et très longuement communiqué. Si toutes les actions du programme « RAM » sont bien agencées et coordonnées, sa rentabilité va pouvoir simplement sauter aux yeux et en même temps les Congolais ne vont plus le détester si l’on communique efficacement autour dudit concept !

     Fabrice Amisi