Le métier de courtier immobilier (commissionnaire) est-il rentable à Kinshasa ?

Dans son quotidien, le courtier immobilier joue le rôle d’intermédiaire entre un vendeur et un acheteur d’une propriété immobilière ou d’un terrain ; ou entre un bailleur et un locataire d’un immeuble (local, appartement, parcelle, maison). Si ce métier est florissant sous d’autres cieux, il n’est pas aussi rentable au Congo-Kinshasa ; quand bien même que certains courtiers gagnent des grandes commissions lors de certaines opérations immobilières, notamment la vente des terrains ou parcelles ou encore la location des appartements et locaux. Rongé, d’une part, par des antivaleurs, le métier de courtier immobilier est handicapé, d’autre part, par l’application de la loi n°15/ 025 du 31 décembre 2015 relative aux baux à loyer non professionnels.

Pour parler des problèmes auxquels se bute leur secteur, Moustapha Tshamala, président de l’Association des Courtiers Immobiliers en RDC, ne mâche pas les mots. « Notre activité est pour le moment envahie par des antivaleurs. Au fait, notre métier de courtier immobilier n’est pas si rentable dans notre pays parce que tout le monde peut maintenant s’autoproclamer courtier et commencer ainsi à démarcher pour le compte des clients », se désole l’intéressé. D’ailleurs, ce sont ces antivaleurs qui sont à la base de la mauvaise réputation des courtiers appelés dans le jargon congolais « commissionnaires». Dans le concret, l’on reproche à ces derniers le fait d’être mal organisés, sans scrupules et surtout escrocs. « Vous verrez quelqu’un qui se dit être courtier immobilier jouer au jeu de dames sous un arbre, torse nu, consommant de la liqueur forte. Donc, il n’a pas de personnalité ni de respect pour ce travail. Et lorsqu’un client, démarchant pour une parcelle à acheter ou une maison à louer, vous trouve dans ces conditions, comment peut-il vous respecter ? », s’interroge-t-il. «Légion sont ces courtiers immobiliers qui n’ont ni bureau fixe ni documents légaux leur permettant d’exercer librement ce travail. Et le plus souvent, c’est ce genre de personnes qui escroquent les clients. Ils sont tellement rusés qu’ils peuvent bouffer, parfois en complicité des bailleurs de mauvaise foi, trois ou quatre fois les frais de commission sur une même maison. Par leur malhonnêteté, ils confrontent les clients entre eux. Ces derniers se disputent souvent le droit d’occuper la même maison et durant la même période. Pendant ce temps-là, ces véreux n’ont pas meilleure option que celle de prendre la poudre d’escampette ; laissant alors les pauvres clients dans la désolation et la confusion. Par conséquent, la réputation du courtier immobilier se ternit de plus en plus dans notre pays », peste Moustapha Tshamala.

En second lieu, Moustapha reproche à l’Etat congolais son inefficacité quant à l’application de la loi n°15/ 025 du 31 décembre 2015 relative aux baux à loyer non professionnels. Il déplore le fait que les droits des courtiers ainsi que leurs honoraires ne sont pas toujours respectés par des bailleurs, vendeurs ou acheteurs des parcelles. « Certains juristes ou avocats qui interviennent pour le compte des particuliers croient avoir un œil regardant sur les honoraires du courtier comme si ce métier n’est pas régi par une loi », argue-t-il. Et pourtant, l’article 10 de ladite loi stipule que « les honoraires de l’agence immobilière, lors de la conclusion du bail, correspondent à un mois de loyer et sont à charge de la personne qui a sollicité ses services. Toutefois, lorsque les deux parties saisissent simultanément la même agence immobilière, les honoraires sont supportés par moitié par le bailleur et le preneur ».

Pour repenser le métier de courtier immobilier en RDC, Moustapha Tshamala sait par où commencer. D’une part, il demande aux gouvernants de faire appliquer correctement la loi sur les baux à loyer non professionnels, surtout sur les points concernant les honoraires des acteurs du secteur immobilier et le respect de la garantie locative. « L’Etat est plus fort que les individus. Il doit donc se faire respecter », déclare-t-il. D’autre part, il tient à assainir le terrain en plaçant des garde-fous pour toute personne qui voudra exercer ce métier de manière professionnelle. Pour lui, un courtier exerçant son métier dans les normes doit détenir une adresse professionnelle et une résidence connues, avoir un minimum d’instruction, disposer de documents légaux (RCCM, un numéro d’agrément, etc ?) et observer la déontologie professionnelle. Pour Moustapha Tshamala, un courtier immobilier se voulant professionnel doit suivre plusieurs formations sur le domaine immobilier afin d’enrichir et approfondir ses connaissances et surtout travailler avec l’outil informatique qui, selon lui, permet de travailler à distance tout en gagnant du temps.

Fabrice Amisi