La mévente des grillades à Kinshasa fait grincer les dents dans le cadre de la lutte contre la 3ème vague du Covid-19

Dans la coutume des bars et terrasses kinois, la consommation des boissons alcoolisées et non-alcoolisées s’accompagne toujours ou généralement de la bouffe. Et qui dit bouffe dit « Ntaba Mayo »  (plat de chèvre grillée + mayonnaise), « Ngulu Mayo » (plat de porc grillé + mayonnaise), « Poulet Mayo » (plat de poulet grillé + mayonnaise) ou encore des brochettes ; combinés avec des chikwangues. De ce constat, il ressort que le business des grillades à proximité des buvettes est parasitaire au rythme de ces dernières.  Depuis l’annonce de  la fermeture des discothèques et boîtes de nuit, en date du mardi 15 juin 2021,  pour faire face à la « troisième vague » de contaminations par le Covid-19, les cuisiniers et vendeurs des grillades  exerçant leurs activités à proximité des buvettes broient du noir  à cause de la mévente qui y règne désormais. Un petit tour sur l’avenue Kabambare, l’un des coins chauds de la ville de Kinshasa en termes d’ambiance,  a suffi pour prendre la température : un  climat morose, des buvettes désertiques et des grillades qui se vendent au ralenti.

 A l’accoutumée, les bars et terrasses de l’avenue Kabambare vomissent du monde.  Ce qui favorise aussi la bonne santé du business des grillades car bon nombre de ceux qui boivent commandent aussi à manger. Mais depuis l’application de cette décision portant sur la fermeture des bars, boîtes de nuit et terrasses pour faire face à la troisième vague du Covid-19, ce côté bon vivant des buvettes se fait de plus en plus nostalgique. 

Par conséquent, les commerçants des grillades en souffrent énormément. « Actuellement, la vente des grillades est à l’arrêt étant donné que les gens ne fréquentent plus les buvettes pour boire.  Bref, la vente se fait timide. Depuis l’application de cette décision, il nous est autorisé de vendre jusqu’à 20-21h. Mais les policiers ne nous laissent pas quand même tranquilles avec leurs tracasseries. Nous sommes parfois obligés de leur filer quelques petits billets pour qu’ils ne nous embêtent pas. Toutefois, j’avoue aussi que nous sommes souvent tentés de dépasser l’heure en vue d’accroître notre gain étant donné que les clients se font de plus en plus rares. Mais cela n’est pas sans conséquence. Tout récemment, l’un de nos doyens a été arrêté et amené au Camp Lufungula où il a passé nuit parce qu’il n’avait pas respecté l’heure de cessation des activités. D’ailleurs, nous avons dû débourser 20 $ (40.000 FC) pour sa libération. Auparavant, les recettes de nos grillades atteignent  normalement jusqu’à 500.000 FC par jour. Mais depuis que cette décision est en application, notre vente ne dépasse même pas 150.000 FC », raconte Ange Makwala, le surnommé « Héros » ou « Alamba lamba ». A quelques mètres de ce dernier, nous retrouvons un autre vendeur de grillades du nom de Logique Mbiki, alias « Pas d’erreur », qui, pour sa part, explique que la vente est vraiment difficile. « Dans quelle posture m’avez-vous trouvé ? », nous interroge-t-il. « N’est-ce pas la main sur la joue ?  C’est une manière de dire que ça ne va pas. Généralement, on vide 3 ou 4 cartons de poulet par jour. Mais depuis que cette décision est en vigueur, dépasser même la moitié d’un carton passe pour un exploit. Vivement, nous souhaitons la levée de cette mesure », argue-t-il.       

Quand bien même que la validité de cette décision n’était que de 15 jours, soit du 15 au 30 juin, son observance est toujours d’actualité. Entretemps, les commerçants des grillades plaident pour la levée de cette mesure ; chose qui leur permettra de retrouver leur rythme de vente d’antan ; « car rien ne va », ne cessent-ils de déclarer. 

 Entretemps, certains tenanciers des buvettes ont inventé un stratagème pour contourner la décision des autorités afin de continuer à vendre tant bien que mal leurs boissons. Il s’agit alors du phénomène « levier de vitesse » qui consiste, pour les tenanciers, à camoufler la présence des clients sur le lieu des buvettes en leur donnant des sièges expressément classés de manière désordonnée ou dispersée et  leur servir des boissons dont ils vont garder les bouteilles sous leur chaise, puisqu’on évite de mettre des tables,  pour échapper à la vigilance policière.

Pour l’instant, les gouvernants congolais se retrouvent coincés car faisant face à un sérieux dilemme : « le bien-être de la population passant par l’application des mesures drastiques en matière de lutte contre le Covid-19 ou l’allègement desdites mesures afin de permettre à cette dernière (NDLR population) de mouvoir en vue de vaquer librement à ses occupations ». D’un côté, les autorités refusent de prendre cette crise sanitaire à la légère au risque d’enregistrer d’énormes pertes en vies humaines et de laisser ainsi libre cours à la panique générale et à la déstabilisation sociale. De l’autre côté, la population, dont la grande partie doute fortement de la présence du coronavirus sur le sol congolais, se sent aussi asphyxiée par toutes ces mesures draconiennes encore en vigueur. Et sans que cela ne soit un secret pour personne, il est évident qu’un bon nombre de Congolais vit au rythme du « taux du jour », un phénomène selon lequel il faut sortir, se débrouiller pendant la journée afin de trouver de quoi manger.  En ce moment, comment tout ce monde qui travaille dans l’environnement des bars, discothèques et terrasses parvient-il à survivre pendant que ceux-ci restent encore fermés ? La question demeure bel et bien pendante!  

Par ailleurs, la majeure partie des Congolais s’opposent très farouchement à un éventuel programme de vaccination nationale et obligatoire axé sur le vaccin Astra Zeneca.  En outre, ces derniers se sentent confortés dans leur position grâce aux propos du  Président de la République Félix Tshisekedi qui a expliqué, lors d’une interview tenue  jeudi 1er juillet dernier à Goma,  les raisons pour lesquelles il ne s’est jamais fait vacciner contre le Covid-19 avec Astra Zeneca. Or, vu son statut de Chef de l’Etat, la population congolaise aimerait bien le voir recevoir sa dose de vaccin à titre symbolique afin de donner le go ou prêcher par l’exemple.  Au cours de cet entretien accordé à Christian Lusakueno de Top Congo FM et à Françoise Buela de la RTNC, Félix Tshisekedi a révélé à l’opinion publique qu’il n’avait jamais été convaincu lui-même du vaccin Astra Zeneca en raison de son « inefficacité »  telle que démontrée en Europe. « Nous étions prêts à lancer la campagne de vaccination. La veille, j’ai vu cette information (NDLR inefficacité d’Astra Zeneca) à la télévision d’abord puis dans les réseaux sociaux. J’ai transféré cette information au ministre pour lui dire attention, demain nous lançons la campagne de vaccination mais regardez ce qui se passe en Europe. Tous ces pays scandinaves de l’Europe de l’Ouest avaient pris la décision de suspendre Astra Zeneca. Ils estimaient que ce n’était pas efficace. A fortiori, nous qui avions bénéficié de ce produit, on ne pouvait qu’aller dans le même sens. A partir du moment où ces pays ont pris les mesures de précaution vis-à-vis d’Astra Zeneca, eux qui en connaissent les propriétés et qui l’ont fabriqué, nous aussi à fortiori, nous étions dans l’obligation de suspendre cela. Nous l’avions suspendu pendant 1 mois jusqu’au moment où ailleurs on a levé cette mesure mais il y a eu des pays qui ont carrément interdit ce vaccin », explique-t-il.  « Moi, j’ai demandé les avis des uns et des autres pour savoir si c’était dangereux pour la consommation de nos compatriotes (NDLR Astra Zeneca). Moi-même, je n’en étais pas convaincu. Aujourd’hui, il y a d’autres vaccins beaucoup plus efficaces qui vont arriver au courant de ce mois. Et là, je le dis, vous verrez je vais me présenter pour me faire vacciner », a ajouté Félix Tshisekedi. « Je n’ai pas eu tort avec le vaccin Astra Zeneca. Même en parlant avec mon homologue rwandais, il m’a laissé entendre qu’il y a eu quatre décès de personnes vaccinées deux fois et qui ont contracté de nouveau le virus avant de décéder. C’est-à-dire qu’il y a un problème avec ce vaccin », argumente et conclut Félix Tshisekedi, qui a promis donc de se faire vacciner dans les prochains jours avec les nouveaux produits attendus et qui, selon lui, ont fait preuve de toute leur efficacité.

Fabrice Amisi