Coopération économique : Félix Tshisekedi en Allemagne dans le cadre du « Sommet des Etats du Compact for Africa »

Le Chef de l’Etat congolais Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a pris jeudi 26 août son vol  pour Berlin, capitale allemande, en vue de participer à la 4ème  édition du « Sommet des Etats du Compact for Africa », sur invitation de la Chancelière Angela Merkel. Bien que convié à cet événement en sa qualité du Président de l’Union africaine (UA), Félix Tshisekedi devrait faire d’une pierre deux coups en convaincant notamment les entrepreneurs allemands, jusque-là réticents, à investir finalement en RDC. Ainsi, l’objectif du Pacte de G20 avec l’Afrique trouvera davantage son sens du point de vue entrepreneurial.

Face au public (Congolais de la diaspora) et à la caméra, Félix Tshisekedi avait déclaré, le 15 novembre 2019 devant un hôtel berlinois, être déterminé à faire de la RDC, son pays, l’Allemagne d’Afrique.  Raison pour laquelle il ne s’est fait pas prier pour prendre part à ce sommet dont l’invitation lui avait été remise par le Chargé des missions adjoint de l’ambassade de la République Fédérale d’Allemagne en RDC, Lars Gerrit Leyman, au cours d’une audience qu’il lui avait accordée le mois dernier, à la Cité de l’Union Africaine (UA), à Kinshasa. En ce sens, le contact qu’il aura  avec les hautes personnalités et des opérateurs économiques allemands, à travers le  «Sommet des  Etats du Compact for Africa», lui sera très bénéfique.

Le go de la quatrième édition du Sommet économique Allemagne-Afrique, après celles d’Accra (2019), de Nairobi (2017) et de Berlin (2015), va être donné ce vendredi 27 août 2021.  Ledit sommet vise à  créer des plateformes censées réunir les investisseurs privés allemands et africains autour des projets porteurs. Et au cours de cette édition, deux tables rondes seront organisées. Elles impliquent des entrepreneurs et des politiciens d’Afrique et d’Allemagne et seront axées sur l’importance de la bonne gouvernance, des opportunités d’investissement dans les pays membre de CWA et des initiatives pour le commerce et les investissements

 A titre d’information et de rappel, « l’Allemagne, dans le cadre de la coopération au développement, soutient la gestion de la pandémie de Coronavirus en RDC, avec environ 6,5 millions d’euros, tandis que ses projets de coopération avec le pays ont un volume total de plus de 400 millions d’euros », note Zoom Eco.

Réputée en tant que première puissance économique d’Europe, l’Allemagne suit de très près les actions du Chef de l’État congolais et sa volonté d’entretenir un partenariat privilégié avec l’Allemagne.

Notons que depuis son avènement à la magistrature suprême de la RDC, c’est donc pour la deuxième fois que Félix Tshisekedi effectue un déplacement officiel sur le sol allemand.  D’ailleurs, le média précité mentionne que lors de sa première visite officielle en Allemagne en novembre 2019, le Président Félix Tshisekedi avait été reçu par le Président allemand, Frank-Walter Steinmeier. De ce fait, il avait également eu un tête-à-tête avec la cheffe du gouvernement allemand, la chancelière Angela Merkel.

Au cours de cette même visite, après un tête-à-tête le 15 novembre dernier à Berlin, avec le Président Félix Tshisekedi, la chancelière Angela Merkel avait déclaré que son pays était encouragé à développer ses relations avec la RDC par la bonne foi du Chef de l’Etat de ce pays qui a entrepris des « réformes courageuses » depuis son accession au pouvoir.

Cependant à l’heure actuelle, les entrepreneurs allemands continuent de se montrer réticents par rapport à l’idée de venir placer leurs investissements au Congo-Kinshasa. Si au Rwanda voisin, le Groupe automobile Volkswagen monte déjà des voitures, les investissements des entrepreneurs allemands brillent par leur absence. La cause : « les investisseurs allemands ne connaissent pas le Congo. (…) Il n’y a pas toujours beaucoup d’informations sur le Congo », a dit à Top Congo FM, Gernat Wagner, entrepreneur allemand, interrogé par Christian Lusakueno depuis Berlin.

L’interviewé justifie sa déclaration ou sa position en expliquant que dans le monde des affaires, les entrepreneurs cherchent toujours à avoir des garanties probantes par rapport aux milieux dans lesquels ils vont placer leurs investissements. Et qui dit « garanties probantes » dit « marketing » en termes du climat des affaires ou du dynamisme du système économique des Etats sur la scène internationale. Or la RDC est en compétition avec d’autres pays notamment la Chine, les États-Unis. De ce fait, le Congo-Kinshasa devra se doter des moyens conséquents et utiles pour vendre positivement son image à l’international, surtout en matière économique car pour l’instant il ne fait pas le poids face à ses concurrents qui s’attirent de grands investissements au fil des années.  « Il faut du marketing, la RDC n’a certes pas beaucoup de budget pour faire ce marketing qui prend du temps et des moyens », analyse Gernat Wagner qui, saluant les efforts du gouvernement congolais et du Président Félix Tshisekedi, estime qu’« il y a aussi encore trop des contraintes ». De toute façon, la RDC se retrouve dans l’obligation de se mettre à jour quant à son propre marketing. Aujourd’hui, le Rwanda mise beaucoup sur la promotion de son potentiel touristique : le pays a conclu des partenariats avec la formation sportive d’Arsenal, club de cœur de Paul Kagame, et le PSG, un conglomérat des galactiques, dont les athlètes portent les maillots estampillés « Visit Rwanda ».  L’aura du pays aux mille collines  ne fait que s’agrandir grâce à cette pub que véhiculent toutes ces vareuses qui arborent Aubameyang, Nicolas Pepe, Lacazette, Messi, Neymar, Icardi ou Mbappe lors de différents matchs qu’ils disputent avec leurs clubs respectifs (NDLR Arsenal & Paris Saint-Germain).  Ainsi, l’Etat rwandais attire beaucoup de touristes de par le monde, notamment ceux qui sont fans du PSG ou d’Arsenal.

Entretemps, les  investisseurs allemands sont très exigeants. « Ils posent beaucoup de conditions notamment logistiques et en termes d’infrastructures. Pourtant le Congo est un grand marché. C’est vraiment nécessaire que les Allemands investissent au Congo », reconnaît-il.  

Un élément qui porte à croire que les choses peuvent désormais tourner positivement pour la RDC : l’arrivée d’un nouveau gouvernement à Berlin. « C’est très important de développer des relations avec des personnes spécifiques, la chancelière, les ministres, etc », positive l’entrepreneur allemand Gernat Wagner, quand bien même qu’ « à la différence avec la Chine dont c’est l’Etat lui-même qui investit en Afriquele gouvernement allemand donne des moyens financiers aux investisseurs allemands, pour soutenir crédit et investissements mais pas pour investir au Congo ». Par conséquent,  Gernat Wagner ne voit cependant pas dans le pacte de l’Allemagne avec l’Afrique  « une concurrence spécifique avec la Chine ».

Pour votre gouverne, le  Compact With Africa (CWA) a été lancé par Angela Merkel en 2017.  Ses actions priorisent la promotion des échanges commerciaux entre les entreprises allemandes et les pays africains.

En effet, le Pacte du G20 avec l’Afrique (CWA), dans le cadre de la piste financière du G20, promeut le développement durable dans les pays africains orientés vers les réformes en améliorant les conditions-cadres pour la mobilisation des investissements du secteur privé. L’initiative identifie les engagements dans les cadres macroéconomiques, commerciaux et financiers qui forment des pactes d’investissement dirigés par les pays. Le CWA est régi par le G20 Africa Advisory Group (AAG), co-présidé par l’Allemagne et l’Afrique du Sud. Le Groupe de la Banque africaine de développement, le Fonds monétaire international et le Groupe de la Banque mondiale coordonnent l’initiative. 

En avril 2018, l’Africa Advisory Group (AAG)  a évalué les progrès réalisés dans l’identification des politiques et des actions de soutien dans les domaines commercial, macroéconomique et financier.  Il y avait 101 engagements identifiés dans les neuf pays qui participaient à l’initiative à ce moment-là. Vingt-trois pour cent des engagements ont été déclarés entièrement atteints ; et 74 pour cent des engagements ont été signalés comme étant en bonne voie.

En octobre 2018, l’AAG a évalué l’activité du secteur privé dans les pays du Compact 2. Le rapport de suivi a indiqué que des politiques saines visant à améliorer les conditions d’investissement portent leurs fruits et que l’intérêt pour l’investissement dans les pays du Compact augmente. Les entrées totales d’IDE (IDE= un environnement de développement intégré, ou IDE, est un logiciel de création d’applications, qui rassemble des outils de développement fréquemment utilisés dans une seule interface utilisateur graphique , « GUI » en sigle) dans les pays CWA se sont élevées à 20 milliards de dollars en 2017. Le volume annuel total d’IDE entrant dans tous les pays CWA a augmenté de 36 % au cours des cinq dernières années, passant de 14,9 milliards de dollars en 2013 à 20,2 milliards de dollars en 2017.

L’Initiative du G20 Compact with Africa (CWA)3 (troisième édition), dans le cadre du G20 Finance Track, a fourni un cadre pour stimuler l’investissement privé et augmenter la fourniture d’infrastructures en Afrique. Cette initiative vise donc à aider les pays africains à atteindre une croissance économique soutenue et inclusive en mobilisant les gouvernements et leurs partenaires internationaux pour mettre en œuvre des mesures concrètes pour créer un meilleur environnement pour le secteur privé.

Fabrice Amisi