Christian Yumbi : « En RDC, le domaine de l’hôtellerie-restauration est tenu à une écrasante majorité par des expatriés »

Christian Yumbi, Meilleur Chef d’Afrique, Guide Michelin France, Young Top Chef Benelux et patron de 4 restaurants implantés à Kinshasa, critique la très faible présence des investisseurs congolais dans le domaine de l’hôtellerie-restauration sur le plan national. En même temps, il dénonce le snobisme inconscient ou le manque de solidarité caractérisant un bon nombre de ses compatriotes, qui préfèrent dîner dans les restos tenus par des expatriés, sous prétexte que la qualité de service des restaurants congolais laisse constamment à désirer. Et pourtant, des restaurateurs congolais qui ne badinent pas avec l’excellence existent aussi. D’ailleurs, il déclare faire partie de cette catégorie. Ainsi, il milite pour un changement de mentalité quant à ce sujet. 

« Pour entreprendre au Congo-Kinshasa, il faut avoir des muscles… Un client demande un service, tu lui demandes 10 $/personne pour un buffet. Il s’exclame : ehhhhh cheeeeerrrrr boyeeee (NDLR c’est exorbitant !). Mais après, il part payer 60 $/personne chez Fleuve Congo », publiait, en date 20 mars 2021, Christian Yumbi un tweet signé Chef Bari. En effet, Christian Yumbi lance un appel à l’Etat congolais afin qu’il tourne son regard  vers le secteur de l’hôtellerie-restauration où ses compatriotes investissent encore timidement. « Au Congo-Kinshasa, la crise financière frappe presque tous les six mois. D’habitude, on n’est pas aidés par nos gouvernants », lâche Christian Yumbi, qui s’attend à des nouvelles politiques de la part de l’Etat congolais, notamment en matière des taxes, qui pourraient révolutionner le secteur de l’hôtellerie-restauration où ses concitoyens (NDLR les Congolais)  peinent donc face à la concurrence exercée par des investisseurs étrangers. « En RDC, le domaine de l’hôtellerie-restauration est tenu à une écrasante majorité par des expatriés », regrette Christian.

 En outre, Christian Yumbi s’insurge contre le snobisme inconscient et le manque de solidarité caractérisant les consommateurs congolais à l’égard de leurs concitoyens  investisseurs. « A qualité égale ou supérieure, CONSOMMONS CONGOLAIS. Arrêtons d’enrichir tout le monde, sauf nous (NDLR Congolais). Il existe des Congolais honnêtes qui vivent de leur travail. Nous aussi. Nous d’abord », postait en date du 04 avril 2021 Christian Yumbi sur son compte Instagram.  Profitant de son statut d’influenceur, de par sa renommée, le génie congolais de la gastronomie  invite ses compatriotes à changer leur regard sur ces dignes fils et filles du pays qui travaillent dans le secteur de l’hôtellerie-restauration.  « Les Congolais aiment toujours consommer dans les restos tenus par des étrangers ; où généralement ils dépensent énormément. Cependant, lorsqu’ils dînent chez leurs frères et sœurs, ils excellent beaucoup plus en des critiques acerbes », se désole-t-il.  

 Dans un pays où la grande majorité de la population peine à manger à sa faim, le choix des aliments est bien souvent peu varié et d’abord dicté en fonction de leur vertu roborative. Ainsi, Christian Yumbi constate que le domaine de la restauration se vit assez bien dans les quartiers populaires de Kinshasa où il est cependant exercé de manière informelle. « Beaucoup de monde travaille dans le secteur de l’hôtellerie-restauration sans s’en rendre compte. Dans ce cas, il faudra plutôt miser sur la valorisation du secteur. Les gens doivent passer des formations en vue d’enrichir leurs connaissances en la matière. Ce qui leur permettra de fructifier davantage leurs affaires. Même si l’on a souvent tendance à l’ignorer, le domaine de l’hôtellerie-restauration fait partie du secteur tertiaire ; qui constitue l’un des trois piliers du développement économique d’un pays », explique le chef cuisinier et entrepreneur Christian Yumbi, qui reste tout de même optimiste quant à l’essor des petites et moyennes entreprises dans le domaine de l’hôtellerie-restauration.  

Fabrice Amisi