Baisse des prix des produits de grande consommation : L’imbroglio entre le ministre de l’Economie et les opérateurs économiques rend la population sceptique!

Après le secteur du transport aérien ; où de gros efforts ont été consentis entre les opérateurs économiques et le Gouvernement pour la baisse des prix des billets quant aux vols domestiques, les gouvernants congolais s’attèlent désormais à réduire les prix des produits de grande consommation dont les surgelés.  Au cours du conseil des ministres tenu par visioconférence vendredi 25 juin, le gouvernement de la République a décidé de revoir le prix sur le marché des produits surgelés. A titre indicatif, un carton de poulet de 10 kg valant 28 USD coûtera désormais 10 $ ; tandis que le carton de poisson chinchard appelé communément « Mpiodi » passera de 42 à 17 dollars américains. Si cette résolution a, au départ, réjouit la population congolaise ; qui peine quotidiennement à s’approvisionner en vivres et autres biens de première nécessité à cause de leur exorbitance, celle-ci (NDLR population congolaise) se montre maintenant sceptique quant à la matérialisation de cette décision. La cause : la décision de revoir à la baisse les prix des denrées n’est pas du goût à ravir le cœur des opérateurs économiques membres de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) qui veulent boycotter sa mise en œuvre. D’où, l’inquiétude du petit peuple.   

C’est au cours de son neuvième conseil des ministres que le Gouvernement des Warriors  a approuvé le rapport présenté par le ministre de l’Economie Nationale pris en concertation avec les opérateurs économiques et axé sur la fixation au « prix juste » concernant les produits surgelés. Cette décision relative à la revue à la baisse des produits de grande consommation concerne en premier lieu les vivres. Dans le concret, l’application de cette résolution donnera lieu à une nouvelle tarification des denrées alimentaires jugée, par plus d’un observateur, comme juste et socialement bénéfique. Ainsi, pour le plus grand bien de la population congolaise, les cuisses de poulet passeront à moins de 10 USD par carton de 10 kilos contre 21 USD, prix actuellement appliqué.  Le prix du poulet entier baissera au niveau de 10 USD par carton de 10 Kilos contre 28 USD pratiqué. Quant aux côtes de porc (NDLR Mipanzi ya ngulu), le prix reviendra à 15 USD par carton de 10 kilos au lieu de 22,70 USD tel qu’il est actuellement fixé. Pour les Chinchards de 16+, la valeur monétaire sera de 17 USD par carton de 30 kilos contre 42,90 USD, qui est le prix actuel.

En effet, le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, qui lisait le compte-rendu de cette réunion, a signifié que ces chiffres sont les résultats des calculs effectués par le ministère de l’Économie nationale élaguant par ailleurs toutes « les incohérences qui n’ont fait l’objet d’aucune contestation par les opérateurs du secteur lors des concertations ».

Cependant, du côté de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC),  cette mesure est loin d’être louable car n’arrangent pas les affaires de ses membres, qui sont donc des opérateurs. « Imposer ces prix-là,  c’est faire en sorte que les entreprises ne savent plus fonctionner, ne puissent répondre à toutes les charges d’exploitation, et, à la fin, ce sera la fermeture. Ce sera pareil  pour les secteurs d’importation, où les prix sont librement fixés », argue John Nkono, le secrétaire général du patronat congolais (NDLR La FEC). D’ailleurs, dans une lettre destinée au Premier ministre, Jean-Michel Sama Lukonde, la FEC conseille au chef de file des Warriors de  prendre en compte tous les éléments qui sont sous le contrôle du gouvernement et qui affectent négativement la structure des prix.

 Privilégiant l’efficacité et l’efficience, le gouvernement congolais a déjà arrêté quelques stratégies qui traduiront l’effectivité de cette baisse des prix. Et parmi ces mesures stratégiques se retrouvent entre autres l’application des prix issus des concertations entre le ministre de l’Économie Nationale et les opérateurs économiques du secteur des produits surgelés, l’option d’une mission urgente à dépêcher en Belgique auprès de la société PLUVERA en vue de vérifier les valeurs FOB (FBO est un sigle qui signifie Free On Board, soit en français Franco à bord. On dit qu’une marchandise est achetée ou vendue FOB quand celle-ci est achetée sans les frais de transport et autres frais et taxes y afférant et sans les assurances pour cette marchandise. Par conséquent, quand on achète un produit quelconque à un prix « FOB », il faut ensuite qu’on paie son transport et les taxes ainsi que les frais d’assurances pour ce produit. Le prix « FOB » est ainsi toujours inférieur au prix CAF, un autre sigle signifiant Coût, Assurance, Fret, de l’anglais CIF « Cost, Insurance and Freight ». C’est le prix d’un bien à la frontière du pays importateur ou prix d’un service fourni à un résident avant acquittement de tous les impôts et droits sur les importations et paiement de toutes les marges commerciales et de transport dans le pays.) des volailles exportées à destination de la RDC,  la levée des barrières routières irrégulières qui surchargent les prix des produits de première nécessité, la rationalisation des prélèvements parafiscaux dans la structure des prix des produits de première nécessité, la redynamisation du Comité de suivi des prix des produits de première nécessité pour un suivi de proximité, l’application scrupuleuse de la réglementation sur les services habilités à exercer aux frontières conformément au décret-loi en vigueur ou encore l’extension des travaux de rationalisation des structures des prix aux autres denrées alimentaires produits localement.

Pour l’instant, ce bras de fer s’observant  entre la Fédération des Entreprises du Congo et le Gouvernement congolais au sujet de la baisse du prix de surgelés sur le marché de Kinshasa plonge la population dans un état de scepticisme profond. L’on assiste alors à une lutte entre deux idéologies ou positions : « Pour le Gouvernement des Warriors, le social porté par le slogan « Le Peuple d’abord ! » contre la « quête du lucre » des opérateurs économiques. « Le mal avec nos gouvernants réside dans le manque de suivi et de rigueur lorsqu’il s’agit d’appliquer leurs propres décisions. Aujourd’hui, l’on parle à temps et contretemps de cette baisse des prix des denrées alimentaires, mais est-ce que nos dirigeants seront-ils vraiment animés de la même ardeur quelque temps après, soit six mois ou une année, où il faudra reparler ou évaluer cette décision ?  En tout cas, rien ne le prouve pour le moment. Nos dirigeants, en commençant par le Chef de l’Etat lui-même, ne se lassent pas de nous faire des promesses. Mais le plus gros problème reste la réalisation de leurs promesses, ils ont toujours du mal à honorer leur parole ou engagement. Une décision, aussi bonne soit-elle, qui  souffre par contre des mesures d’application devient une raison de frustration de la population à l’égard du dirigeant qui est censé le mettre en œuvre ou  a promis de l’appliquer», se désole une mère au foyer habitant la commune de Kinshasa.  

A travers un communiqué officiel daté du 28 juin, le ministre de l’Economie nationale, Jean-Marie Kalumba, a fustigé la hausse persistante des prix des produits de grande consommation alors que le taux de change du franc congolais est resté constant par rapport aux devises étrangères. Un fait  qui ne lui a pas donné d’autre choix que celui de brandir aux opérateurs économiques la loi organique n°18/20 du 06 juillet 2018 relative à la liberté de prix et à la concurrence ainsi que des conséquences prévues en cas d’abus. Ainsi, il recommande à ces derniers de se conformer aux instruments légaux en la matière afin d’éviter de se retrouver face aux cas punissable par la loi ; car « dura lex sed lex », dit-on.

 Dans une interview accordée depuis Goma,  le jeudi 01 juillet dernier, à Françoise Buela et Christian Lusakueno, respectivement journaliste de la RTNC et journaliste-patron de Top Congo FM,  Félix Tshisekedi invite une fois encore le Gouvernement et la FEC à se mettre autour d’une table pour négocier en vue d’accorder leurs violons ou aplanir leurs divergences sur les prix des produits surgelés d’importation. « Le ministre de l’Economie que j’apprécie d’ailleurs dans ses efforts et je soutiens totalement  a adressé à plusieurs reprises les invitations aux opérateurs économiques qui parfois les ont ignorés ou envoyé des personnes qui ne pouvaient pas prendre des décisions. Le ministre s’est retrouvé coincé à un moment donné où il devait prendre une décision. Je crois qu’il a bien fait de prendre une décision parce que ça fait réagir la FEC et ça l’oblige maintenant à venir à table pour discuter, c’est ce que j’encourage. Il faut discuter parce que les uns sont privés, ils regardent leurs intérêts, ils sont là pour faire des affaires, pour prospérer. Moi aussi je les encourage à faire tout pour prospérer mais attention ils sont les partenaires de l’Etat. Ce dernier est là pour garantir le bien-être de la population. En ce moment-là, ils doivent se mettre autour d’une table et discuter avec l’Etat pour l’intérêt de la population parce que c’est celui-là que nous cherchions », a déclaré le Chef de l’Etat de la RDC. 

Cette interview du Chef de l’Etat n’a pas laissé la FEC indifférente. D’ailleurs, lors d’une récente intervention médiatique sur les ondes des médias locaux, l’Administrateur Délégué de la FEC, Kimona Bononge, a déclaré être favorable à la demande du Gouvernement, à condition que les prix qu’il propose reflètent la réalité. « La Fédération des Entreprises du Congo n’est pas contre la baisse de prix des denrées de première nécessité. Mais les prix fixés par le ministère de l’Économie ne reflètent pas la réalité. Nous voulons qu’on mette des valeurs réelles. La baisse ou la suppression carrément de la TVA sur les biens de première nécessité serait un début de solution », a-t-il fait savoir. Voilà pourquoi la renégociation entre le Gouvernement congolais et la FEC reste la meilleure piste à exploiter. 

Fabrice Amisi